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Accueil Découvrez Villers Pleins feux sur les Villarois Jean Forin, le devoir de mémoire

Jean Forin, le devoir de mémoire

Par devoir de mémoire, tel est le sous-titre de l’ouvrage « le chemin de l’enfer » écrit le Villarois Jean Forin que le Conseil général de Meurthe-et-Moselle a édité à 1000 exemplaires. Un fascicule qui révèle l’histoire méconnue de Xures, un village lorrain, à la fin de la seconde guerre mondiale. Une histoire à faire connaître, à ne pas oublier, pour « rendre hommage et faire acte de mémoire, acte d’humanité » selon les propres mots du maire de Xures.

Jean Forin, ancien journaliste sportif à l’Est républicain pour lequel il a notamment couvert les jeux olympiques d’Albertville en 1992, habite à Villers-lès-Nancy depuis 1999. Marié, père de 2 filles et grand-père de jumeaux de 7 ans, il a vécu en 1944, une aventure exceptionnelle, au cœur d’une tragédie qui s’est heureusement bien terminée pour lui et son frère, François de 4 ans son aîné, qui, aujourd’hui directeur du centre de gestion de la fonction publique de Meurthe-et-Moselle, travaille à Villers-lès-Nancy.

Cette aventure, c’est celle de tout un village, Xures, entre Lunéville et Dieuze, à la limite de la Moselle. Xures où justement depuis la défaite française de 1940 passait la frontière entre la France et l’Allemagne. Xures, où la famille Forin, originaire de Lucey dans le Toulois, résidait.


3.000 kilomètres à travers l’Europe en guerre

En 1944, Jean a 3 ans, son frère François 7. Depuis le débarquement du 6 juin en Normandie, les armées alliées se déplaçaient vers l’Est et l’automne 1944 fut marqué par ce qu’on appele « La Campagne de Lorraine » pendant laquelle durant 100 jours de combats à l’automne, 35 576 soldats américains tombèrent sur le sol de Lorraine. Si beaucoup de témoins se souviennent des jours de joie qui suivirent cette période de retour à la liberté, bien peu ont eu connaissance du déroulement des principales batailles qui se déroulèrent à la fin de l’année 1944  : l’encerclement de Nancy, l’offensive de la Ve Panzerarmee sur Lunéville, les combats de Moncel. Parmi les moments marquant, figurent également la bataille de la forêt de Parroy. Après les libérations de Nancy et de Lunéville, les troupes du Général Patton doivent s’arrêter dans l’attente d’un ravaitaillement.

C’est dans ce contexte que le 8 octobre, les allemands réquisitionnent « tous les hommes valides de Xures de 16  à 60 ans pour les emmener en service de travail obligatoire ».  35 prisonniers sont ainsi emmenés de force dans la région de Sarrebourg pour creuser des tranchées censées ralentir l’avancée des troupes alliées. 10 jours plus tard, à la suite peut-être d’un coup de force du maquis tout proche, les allemands débarquent à 8 heures du matin dans les maisons et annoncent à la population restée sur place qu’il faut partir. Certes, bien des villageoises protestèrent, telle cette habitante qui n’hésita pas à crier aux soldats « Nous ne partirons pas ! Vous nous tuerez sur place ! ». Mais elles ne purent rien faire d’autre que rassembler quelques affaires et tenter de préserver leurs biens, comme Paulette Forin, la mère de Jean et François, qui écrivit à son mari « Nous avons mis deux matelas et deux couvertures dans la cave de notre maison. Les services de table ont été placés dessous, avec le linge rangé dans trois boites en carton… ».
 

Commence alors un voyage incroyable, qui mènera les 175 déportés, femmes, vieillards, enfants jusque Hanovre. D’abord jusqu’au village alsacien de Puberg, par des moyens de locomotion de fortune, des chariot tirés par des chevaux ou des bœufs, qui traduisent bien la soudaineté de cette décision et l’impréparation des soldats allemands. Le Maire de Puberg ayant refusé d’héberger les Xuroises et Xurois, les allemands leur font reprendre la route, cette fois dans des camions jusqu’au camp de Willstätt, de l’autre côté du pont de Këhl, où ils arrivent le 20 octobre. Quelques jours plus tard, quelques hommes du village, dont le maire, parviennent à rejoindre les familles et obtiennent de rester. Puis le 8 novembre, toujours aussi brusquement, les habitants de Xures sont mis dans des trains qui les emporteront jusque dans le nord de l’Allemagne, à Hanovre. Après avoir tenté de les laisser au camp de Bergen-Belsen tout proche, dont ils seront refoulés, n’étant ni juifs, ni tziganes, ils sont répartis en 3 groupes dans la ville de Hanovre, où la Croix-Rouge allemande essaye de les prendre en charge. Ils y passeront de tristes fêtes de Noël, mais la présence de prisonniers français, qui se mobilisent pour eux, leur permettra de souffler un peu et leur apportera un peu de réconfort.

Le 17 janvier, les exilés français apprennent qu’ils vont être rapatriés. Ils embarquent le 25 dans des trains non chauffés au milieu d’un hiver rigoureux pour un nouveau périple qui va les conduire jusqu'à Genève dans un premier temps, en passant par Nuremeberg et Zurich. Puis le 29 janvier, c’est enfin le retour en France, à Annemasse, puis vers Grenoble. Et c’est le 5 février que les habitants de Xures peuvent enfin rejoindre Paris, puis la gare de l’Est pour rentrer chez eux.

Paulette Forin et ses enfants descendent du train à Toul, pour rejoindre à pied la maison des grands-parents maternels des enfants à Lucey. Sur le chemin, un habitant qui circule en voiture les reconnaît et les raccompagne jusqu’au village. Plus de 60 ans après ces évènements, les yeux de Jean Forin n’ont pas manqué de s’embuer quand il lui a fallu raconter ses retrouvailles avec sa famille maternelles, bientôt suivi par celles de leur père, qui durant ces 3 mois n’avait pas eu de nouvelles de sa famille, comme la plupart des hommes de Xures.
 

Au total, sur les 175 habitants déportés, 150 reviendront dans leur village. 10 enfants et 15 adultes, pour la plupart âgés, mourront en cours de route ; leurs noms sont maintenant inscrits en lettres d’or sur le monument aux morts du village.

Un hommage à sa mère

Si François a des souvenirs ponctuels des évènements de cet automne tragique, Jean n’en a pas, grâce à une mère qui l’a protégé. C’est d’ailleurs pour rendre hommage à cette mère aimante que les deux frères ont décidé d’écrire ce livre. Xurois de cœur, ils participent tous les ans à l’hommage que le village rend à ses habitants, et c’est ainsi qu’ils ont pu rencontrer et interroger les survivants de ce périple. Les parents de Jean et François évoquaient peu  ces évènements ; Auguste y a fait référence quelques fois, mais Paulette, trop marquée ne voulait plus en parler, sûrement trop bouleversée. Comme l’étaient nombre des habitants du village, que Jean Forin reconnaît avoir un peu forcé. Mais il ajoute qu’ils étaient comme soulagés après lui avoir raconté comment ils avaient vécu ce voyage.
 

Ce travail à quatre mains avec son frère, Jean Forin l’a fait au nom du devoir de mémoire. C’est son ami Jacques Baudot, ancien président du Conseil général de Meurthe-et-Moselle qui l’a poussé à le faire, puis le député Hervé Féron qui a obtenu de Michel Dinet, l’actuel président du Conseil général, que soit édité ce fascicule, dont le titre « le chemin de l’enfer » rappelle à la fois le trajet en chemin de fer et la situation infernale dans laquelle les habitants de Xures furent plongés.
 

Jean Forin a remis 30 exemplaires de son ouvrage au Maire de Villers-lès-Nancy, qui envisage de les offrir aux élèves villarois participant au Concours de la résistance. D’autres exemplaires sont disponibles dans les bibliothèques pour tous de Villers-lès-Nancy.

En 1950, la Croix de guerre avec palmes a été attribuée à Xures. En 1985, Jean Laurrain, Secrétaire d’État aux Anciens Combattants dans les gouvernements Mauroy et Fabius, avait obtenu la distinction de « patriotes transférés en pays ennemi » pour les habitants de Xures. Ce sont les seules marques de reconnaissance nationale qui ont été attribuées aux acteurs de cette douloureuse aventure. Le livre de Jean Forin était donc nécessaire pour permettre le devoir de mémoire que nous nous devons tous de respecter et de faire vivre.

 
 



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